à la base de données
Vieille prière bouddhique « Prière quotidienne pour tout l’univers »
| Compositrice | Lili Boulanger |
| Effectif | Choeur, solistes et orchestre |
| Texte | Prière Hindoue, traduite par Suzanne Karpelès |
| Date | 1914-1917 |
| Création | Le 9 juin 1921 par les chœurs composés d’élèves des classes d’ensemble du Conservatoire, Gabriel Paulet (ténor) et Nadia Boulanger (piano) à la salle Pleyel à Paris (sous le titre Prière hindoue – « Audition des œuvres de Lili Boulanger précédée d’une causerie de Camille Mauclair) |
| Durée | 9min |
Commentaire
« Que toute chose qui respire, sans ennemis, sans obstacles, surmontant la douleur et atteignant le bonheur, puisse se mouvoir librement, chacune dans la voie qui lui est destinée ». Ainsi commence cette prière, à laquelle Lili Boulanger a souhaité donner une valeur universelle, tandis qu’aux frontières de la France la guerre déchaîne sa violence inexorable. L’œuvre débute avec solennité et une certaine austérité, l’oreille étant immédiatement intriguée par l’intonation mélodique sol – fa – mi bémol – ré bémol, avec son ambitus de triton caractéristique du mode phrygien sur do, couleur archaïsante et orientalisante. La mélodie, soutenue par des accords pesants, reste polarisée sur une même note, sol, à la manière des anciennes incantations. Les voix sont disposées en octaves, doublées par les vents, d’une écriture hiératique proche de celles des Psaumes. Un deuxième motif apparaît lors de la deuxième strophe (« Que toutes les créatures… ») ; il est élaboré autour d’une tierce mineure réitérée, en contrechant du motif initial confié aux cordes. Nulle monotonie, malgré l’extrême simplicité de la ligne mélodique, grâce à des harmonies renouvelées, souvent inattendues.
Un solo de flûte signale le début d’une seconde partie. La mélodie est notée de manière à suggérer une improvisation, à travers laquelle on reconnaît des bribes du motif principal. La voix de ténor énonce ensuite la troisième strophe, plus développée, qui progresse vers une culmination d’une grande intensité, en soulignant les paroles « et ceux qui sont déchus… ». Puis, la musique se replie vers des nuances atténuées, l’orchestre déployant une texture radieuse symbolisant le bonheur. La dernière strophe (« En Orient et en Occident… ») débute avec force sur la base d’un contrepoint à deux voix entre le chœur et les cordes autour du motif principal, à la manière d’une réexposition, celle-ci évoluant vers une culmination puissante. La conclusion se déploie sur une échelle modale descendante aux intonations chromatiques, tandis que le tempo s’accélère, l’œuvre se terminant dans un tempo très large. Nul éclat cependant dans cette péroraison abrupte qui évite la lumière d’une tonalité majeure, comme si Lili Boulanger avait la prémonition que « la voix qui lui est destinée » est bien celle de la douleur, sans issue possible malgré la prière.
Éditions
© 1921, 1925 by Durand
Remarques
Il existe une version pour ténor solo, chœur mixte et piano éditée par les Éditions Durand en 1922.