Le beau navire
| Effectif | une voix et piano |
| Texte | Georges Delaquys |
| Date | 1910 |
| Création | Le 7 avril 1910 par Jules Tordo (baryton) et Nadia Boulanger (piano) à la salle Érard à Paris |
| Durée | 3min |
Commentaires
Cette mélodie reprend presque textuellement l’écriture vocale et pianistique du Poème d’amour sur un poème d’Armand Sylvestre, composée en 1907. Cependant, Nadia Boulanger accorde plus de soin à cette nouvelle version : nuances et agogique y sont indiquées avec beaucoup de précision. Les chromatismes de la première page étaient, dans Poème d’amour, les indices d’une passion intime mais ardente. Ici, il s’agit d’un navire qui « porte son espoir sur la mer ». La symbolique amoureuse est bien présente, mais à travers une émotion plus intériorisée et plus sereine. Dans Poème d’amour, la partie vocale s’enflamme peu à peu et culmine sur « C’est de survivre à mon tourment ». Ici, Nadia Boulanger modifie l’écriture et le tourment s’efface pour laisser la place à un élan d’enthousiasme, suivi d’un repli : (« C’est mon âme qui s’embrase / Et défaille vers tant d’amour »). L’écriture du piano est ici beaucoup plus ouvragée. La troisième strophe prolonge cette sensation de bonheur symbolisée par ce navire « qui luit dans le sillage du soleil ». C’est là qu’apparaissent les différences les plus significatives avec la mélodie antérieure où, en comparaison, l’écriture semble lacunaire au moment qui correspond à présent à une lumineuse culmination, les accords au piano étant disposés avec une sonorité plus pleine. La compositrice ajoute alors six mesures nouvelles, les similitudes ne réapparaissant que sur les vers suivants : « Avec mon cœur, avec mon âme », d’une part, « Ainsi le veut la destinée », de l’autre. Les quatre dernières mesures sont également modifiées, mais se terminent toutes deux sur un arpègement d’accord de sol majeur. Il s’agit là d’une expérience musicale rare : composer presque la même mélodie sur deux textes si radicalement différent ! La matière de la mélodie composée l’année de ses vingt ans étaient belle ; elle a, trois ans après, gagnée en rigueur et en plénitude.
Éditions
© Hamelle 1909
© Leduc 2017
Remarques
Cette mélodie est parue dans le volume II des Mélodies pour voix moyenne.
© Anthony Girard