La Sirène
| Effectif | voix et orchestre |
| Texte | Eugène Adenis et Gustave Desveaux-Vérité |
| Date | 1908 |
| Création | Le 4 juillet 1908 par Berthe Lamare (soprano) et Mlle Winsbach (mezzo-soprano), Rodolphe Plamondon (ténor de l’Opéra), Nadia Boulanger (piano) et Marcel Dupré (piano) à l’Institut de France lors du jugement du concours de composition musicale |
| Durée | 30min |
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Nadia Boulanger compose cette cantate l’année de ses 21 ans. Toujours élève au Conservatoire de Paris dans la classe de composition de Charles-Marie Widor, elle se présente en 1908 (entrée en loge le 19 mai et sortie le 16 juin) pour la troisième fois au concours du Grand Prix de Rome ; à sa grande déception, elle n’obtiendra que le Deuxième Second Grand Prix avec le commentaire suivant : « cantate très musicale, abonde en heureuses inventions harmoniques, et bien que presque exclusivement symphonique dénote une vive intelligence du texte ». Selon la tradition, les candidats devaient composer en loge, en quatre semaines, une cantate pour voix solistes et orchestre sur un texte imposé.
Cette scène lyrique débute par l’évocation d’une tempête en mer. L’orchestre de Nadia Boulanger excelle dans l’évocation du « sifflement du vent » et du « rugissement des vagues » : fusées de bois, roulements de timbales auxquels s’ajoute un carillon de cloches. La talentueuse compositrice témoigne d’emblée d’une grande maîtrise, aussi bien dans l’écriture instrumentale que dans celle de la voix. La trame du livret est la suivante : Anne-Marie (soprano) s’adresse à la Vierge Marie, la suppliant de sauver Jann le marin (ténor), son fiancé, menacé de périr en mer. Mais seule lui répond la Sirène (mezzo-soprano), réputée pour sa cruauté, et Anne-Marie comprends que Jann est perdu. Elle conclut alors un pacte avec la « Dame de la mer », pour obtenir la faveur d’un ultime moment d’adieu. Dans une atmosphère apaisée, Anne-Marie accueille son amoureux avec joie, tandis qu’au loin la Sirène lui murmure « Souviens-toi ! ». Jann et Anne-Marie partagent un moment de tendresse passionnée, favorable aux effusions lyriques, mais Anne-Marie avoue à Jann pourquoi ce bonheur est provisoire. Celui-ci est indigné, mais reste persuadé que leur amour vaincra. Il se tourne alors vers l’océan — auquel il a dédié sa vie — pour lui dire adieu, tandis qu’Anne-Marie chante sa victoire sur sa rivale. Dans une atmosphère fantastique où Nadia Boulanger déploie ses sortilèges, la Sirène enchanteresse réapparait, et les trois voix s’entrelacent : Jann est gagné par son charme maléfique, tandis qu’Anne-Marie espère toujours que leur amour sera suffisant pour conjurer le sort. La scène s’achève sur une issue tragique : la séductrice triomphe, le fiancé est ensorcelé par sa beauté. L’orchestre, d’une écriture large et puissante, restitue ce sentiment de triomphe et de détresse simultanés.
© Anthony Girard
Éditions
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