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Clairières dans le ciel


Compositrice Lili Boulanger
Détail des pièces

I. Elle était descendue au bas de la prairie – II. Elle est gravement gaie – III. Parfois, je suis triste – IV. Un poète disait… – V. Au pied de mon lit – VI. Si tout ceci n’est qu’un pauvre rêve – VII. Nous nous aimerons tant – VIII. Vous m’avez regardé avec toute votre âme – IX. Les lilas qui avaient fleuri – X. Deux ancolies – XI. Parce que j’ai souffert – XII. Je garde une médaille d’elle – XIII. Demain fera un an

Effectif Une voix et clavier
Texte Francis Jammes
Date 1914
Création

Le cycle complet est interprété le 9 juin 1921 par Gabriel Paulet (ténor) et Nadia Boulanger (piano) à la salle Pleyel sous le titre « Audition d’œuvres de Lili Boulanger précédée d’une causerie de Camille Mauclair ».

Durée 40min
Dédicataire

1. Gabriel Fauré

2. Miki Piré

3. Fernand Francell

4. Yvonne Brothier

5. Raïssa Boulanger

6. Tito Ricordi

7. Henri Albert

9. Rodolphe Plamondon

10. Marthe et Richard Bouwens van der Boijen

11. David Devriès

13. Roger Ducasse

Commentaire


Lili Boulanger débute ce cycle lors de son premier séjour à Rome (de février à fin juin 1914) et l’achève à Nice (entre septembre et début novembre 1914). Dans ces treize mélodies, sur des poèmes de Francis Jammes extraits de Tristesse, se conjuguent rêverie amoureuse, aspiration au bonheur, communion avec la nature et sensibilité mystique. Lili Boulanger se trouve en totale affinité avec cet univers poétique, mystérieux miroir de sa vie intérieure. C’est ici que s’épanouissent pleinement les qualités de son écriture vocale et, en particulier, sa prosodie d’une extrême finesse : la jeune compositrice étire les syllabes ou les resserre, favorisant tour à tour le lyrisme et l’intelligibilité ; la courbe mélodique s’infléchit vers le grave recherchant la douceur, ou se hisse vers les aigus pour plus d’éclat ou un surcroît de délicatesse. Cette approche si attentive et minutieuse est le reflet d’une vigilance extrême à la valeur des mots. Elle est aussi le témoignage d’une âme attirée par la clarté, hantée par les ténèbres, tantôt ardente, tantôt résignée, qui soudain s’efface pour dévoiler ensuite des sentiments profonds.

L’harmonie est au service de cette pluralité émotionnelle ; la jeune compositrice est attirée par la simplicité, mais affectionne tout autant une certaine âpreté. Si les couleurs de sa palette sont vives, parfois resplendissantes à l’image des fleurs qu’elle évoque avec grâce, une austérité momentanée lui convient tout autant. Cette partition envoûtante est le théâtre de la douleur et de la joie, avec pudeur dans la mélancolie comme dans la détresse. L’écriture pour piano confirme un talent de paysagiste, un don pour les textures lumineuses et transparentes. Cependant, les timbres multiples de l’orchestre, souvent latents, contribuent à élargir l’espace sonore.

Le cheminement tonal va de mi majeur – la vitalité – à ré mineur – la mort. Il est donc préférable d’interpréter le cycle dans sa totalité, car la signification de l’œuvre se dévoile ainsi peu à peu, se révélant tout à fait dans la dernière mélodie, d’une bouleversante intensité.

Éditions


© Durand 1970

Remarques


Lors de son second séjour à Rome en 1916, Lili Boulanger travaille sur l’orchestration de huit mélodies (1-5-6-7-10-11-12 et 13), projet qu’elle n’a malheureusement pas terminé.