Au bord de la route
| Effectif | une voix et piano |
| Texte | Camille Mauclair |
| Date | 1921 (avant) |
| Création | Le 16 décembre 1931 par Maria Modrakowska (soprano) et Jerzy Sulikowski (piano) à la salle Chopin (Pleyel) à Paris dans le cadre de l’Association des jeunes musiciens polonais à Paris |
| Durée | 2min |
Commentaires
Le poème de Camille Mauclair s’inspire des anciennes chansons françaises. Il évoque le destin tragique d’un homme trouvé mort « au bord de la route ». Son cœur amoureux était semblable à un diamant. De celle dont il était épris, nous ne saurons rien, mais l’homme « est mort de son attente ». La partie vocale est proche de celle d’une chanson populaire, chaque strophe proposant des variantes de l’intonation initiale, en resserrant ou étirant librement les mots de chaque octosyllabe. La ligne mélodique est strictement diatonique et délibérément archaïque, avec des intonations modales. De toute autre nature est la partie de piano, élaborée à partir d’un ostinato sur un fa grave répété. « Tortueux », note Nadia Boulanger sur la partition, pour caractériser une harmonie très rude où se succèdent sans complaisance des secondes majeures et mineures disposées en octave dans le grave. « Douloureux », indique-t-elle lors de la deuxième strophe, au-dessus d’une suite d’accords intenses, sans fonctions tonales, aboutissant sur un accord majeur mezzo forte « doux », pour souligner le mot « amant ». La troisième strophe est d’une harmonie plus épurée, les accords évoquant des cloches funèbres, et la dernière est particulièrement impressionnante : la voix s’efface peu à peu tandis que dans l’extrême grave, le piano imite des roulements de grosse caisse, particulièrement lugubres. La dissociation entre mélodie et harmonie est telle, que l’on songe aux pages les plus noires de Benjamin Britten, par cette simultanéité de la candeur quasi enfantine du chant, et la restitution sonore, au piano, d’une atmosphère sinistre aux rives de la mort.
Éditions
© Ricordi 1922
© Durand 2015
Remarques
Cette mélodie est parue dans le recueil de Six Mélodies, où sont réunies les dernières compositions vocales de Nadia Boulanger.
© Anthony Girard