La Sirène
| Date | 10 mars 2023 |
| Label | Palazzetto Bru Zane |
| Type | Enregistrement |
« Compositrices, New Light on French Romantic Women Composers »
Les compositrices ont connu de grandes difficultés pour s’exprimer et obtenir une reconnaissance de leur vivant. Aujourd’hui encore, leur présence au concert ou sur les scènes lyriques s’avère exceptionnelle. Établir ce double constat, c’est appeler à un changement, mais des interrogations surgissent alors : programmer des femmes, d’accord, mais quelles artistes et quelles œuvres ? Dans ce coffret de 8 disques, mobilisant plusieurs centaines d’interprètes, le Palazzetto Bru Zane apporte ses éléments de réponse pour le XIXe siècle français. Les choix qu’il propose concernent aussi bien la musique de chambre, les pages symphoniques, les pièces pour piano ou les mélodies. Ils mettent en lumière 21 créatrices, depuis des figures déjà identifiées – telles Nadia Boulanger, Hélène de Montgeroult, Louise Farrenc, Pauline Viardot, Marie Jaëll et Mel Bonis – jusqu’à des personnalités encore complètement méconnues : Charlotte Sohy, Madeleine Jaeger, Marthe Grumbach, Jeanne Danglas, Hedwige Chrétien ou Madeleine Lemariey. On n’aura plus d’excuse, désormais, pour ignorer les compositrices romantiques.
La Sirène – Cantate de Nadia Boulanger
Interprètes
Orchestre national du Capitole de Toulouse sous la direction de Leo Hussain
Avec Anaïs Constans, soprano (Anne-Marie, la fiancée), Aude Extrémo, mezzo-soprano (La Sirène) et François Rougier, ténor (Yann, le marin)
Les cantates réalisées par les concurrents du prix de Rome de composition musicale sont rarement discutées dans la presse. D’autant moins quand il s’agit d’un ouvrage qui n’a pas obtenu le premier prix. Pourtant, en 1908, La Sirène de Nadia Boulanger intéresse les journalistes. Les Annales politiques et littéraires publient le début de sa partition le 26 juillet 1908 et la revue La Vie heureuse consacre une page entière au parcours académique de la compositrice (15 août). C’est la nouveauté de la situation qui crée l’événement. Nadia Boulanger est la quatrième femme à entrer en loge à Compiègne et la deuxième à obtenir un (second) prix au concours, après Hélène Fleury en 1905. Lors du concours de 1908, la musicienne se distingue dès les premières sélections : elle destine sa fugue à quatre voix non pas à un ensemble vocal, mais à un quatuor à cordes. Menacée d’exclusion pour cette audace, elle parvient tout de même à convaincre le jury d’en évaluer la qualité et de l’admettre à l’ultime épreuve. Le livret de La Sirène sort de la plume d’un habitué du prix de Rome : Eugène Adénis, alors auteur du texte de sept cantates imposées, associé pour l’occasion au poète Gustave Desveaux-Vérité. En trois scènes, les auteurs montrent un marin arraché à l’amour de sa fiancée et précipité vers la mort par une sirène. « Plusieurs pages dénotent chez Mlle Boulanger une entente scénique remarquable, notamment celle où la voix de la sirène trouble l’amour des deux fiancés. Cela est d’un effet saisissant » la félicite La Vie heureuse.