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Trois pièces


Nadia Boulanger
Effectif violoncelle et piano
Date 1911-1913
Création

Les pièces numéros 1 et 3 sont interprétées le 18 novembre 1913 par Fernand Pollain (violoncelle) et Nadia Boulanger (piano) lors d’une soirée musicale au Palais d’Orsay à Paris, sous le titre Deux petites Pièces pour violoncelle (Improvisation et Danse espagnole). Les Trois pièces sont créées le 21 mars 1920 par Edwige Bergeron (violoncelle) et Nadia Boulanger (piano) à la Schola Cantorum à Paris.

Durée 7min

Commentaires


La première et la deuxième de ces trois pièces sont des transcriptions d’une composition antérieure Prélude-Petit canon-Improvisation pour orgue (1911) − l’Improvisation devenant la première du nouveau triptyque, le Petit canon restant en deuxième position et une pièce nouvelle, Danse (désignée comme Danse espagnole lors de la création) en troisième position. Tous ces titres ont disparu lors de l’édition de 1915 mais la tonalité de chaque pièce est indiquée : 1. En mi bémol mineur, II. En la mineur, III. En ut dièze mineur.

La Pièce n° 1 débute dans une atmosphère onirique. Une mélopée modale, « expressive et simple » est accompagnée au piano par un ostinato « doux et vague », d’une texture transparente, en mi bémol mineur modal. La phrase est reprise, le piano ajoutant alors une imitation en canon. C’est le début d’un développement qui nous conduira peu à peu, dans un tempo toujours plus allant, vers une culmination dans le registre aigu du violoncelle. Puis c’est le retour du motif initial, avec une écriture similaire au piano, plus pleine cependant tout en restant très estompée, amenant en douceur une résolution dans la tonalité de mi bémol majeur, tandis que le violoncelle disparaît dans le registre grave.

La Pièce n° 2 est écrite en canon rigoureux, le piano répondant au violoncelle à une croche d’intervalle, une configuration assez rare, et qui représente un enjeu de taille même pour les contrapuntistes les plus aguerris. Nadia Boulanger réalise avec brio cette prouesse, la pièce ne révélant aucun signe de maladresse. Au contraire, elle se déroule avec une certaine grâce innocente, privilégiant les teintes modales. Ce canon est harmonisé par d’autres voix, notées en petits caractères, à jouer « avec une sonorité décolorée ».

La Pièce n° 3 apporte un contraste vigoureux, aussi bien du point de vue du style que du caractère. L’introduction vive et nerveuse, les accords en pizzicati évoquant la guitare, le mode mineur avec le deuxième degré abaissé (ré bécarre en do dièse mineur) suggèrent une référence à l’Espagne, même si celle-ci a disparu du titre. La deuxième section introduit une mesure à cinq croches où vont alterner des accords répétés notés « lourds » voire « pesants », et d’autres plus légers, dans un esprit scherzando, « clair et joyeux », où le violoncelle introduit un motif nouveau. La troisième section, plus lente, est d’un rythme languide, le violoncelle donnant la sensation d’entamer une improvisation. Cet épisode prépare le retour varié de la section initiale, avec toute sa vigueur rythmique. Le violoncelle s’offre le plaisir de parcourir toute l’étendue de sa tessiture, et d’amener peu à peu une brillante péroraison.

Il existe une transcription pour alto et piano publiée par les éditions Leduc. Les tonalités sont identiques dans les deux versions. La partie d’alto est écrite soit à la même hauteur que celle pour violoncelle, soit plus rarement, à l’octave supérieure.

 

© Anthony Girard

Éditions


© Heugel 1915
© Leduc 2017

Enregistrements