Un grand sommeil noir
| Effectif | une voix et piano |
| Texte | Paul Verlaine |
| Date | 1906 |
| Durée | 2min |
Commentaires
Nadia Boulanger ignorait très certainement la mélodie composée par Maurice Ravel en 1895, à l’âge de 20 ans, sur ce même poème (sa publication intervint à titre posthume). Dans celle-ci, les accords pesants, répétés obstinément, traduisent un sentiment d’accablement. La mélodie de Nadia Boulanger se situe sur le pôle opposé. La jeune compositrice âgée de 19 ans est, elle aussi, désireuse d’exprimer à travers ce poème la lassitude et le désespoir. Mais elle fait le choix d’une écriture épurée, dans un tempo très lent (non précisé sur la partition) où les accords en rondes, lors de la première strophe, donnent une sensation de temps suspendu (et non de fatalité, comme le font les noires pesantes dans la version de Ravel). La ligne vocale épouse les contours d’une cantilène médiévale. Elle s’intensifie au moment de la deuxième strophe (« Je ne vois plus rien… »), soutenue par une progression harmonique tendue, à caractère théâtral. Et tandis que Ravel a placé sa culmination sur « Ô la triste histoire », c’est le moment où Nadia Boulanger choisit de se replier vers le silence. Lors de la dernière strophe, le piano est disposé pour imiter le son de cloches funèbres, en réponse à l’image du poème « Au creux d’un caveau », tandis que la voix retourne dans le registre le plus grave de sa tessiture.
Éditions
© Leduc 2020
Remarques
En 1902, Nadia Boulanger avait choisi ce même poème pour Désespérance, une mélodie qui est restée inachevée.
Cette mélodie est parue dans le volume III des Mélodies pour voix moyenne.
© Anthony Girard