Retour
à la base de données

Reflets


Compositrice Lili Boulanger
Effectif Une voix et clavier
Texte Maurice Maeterlinck
Date 191I
Création

Le 9 mars 1918 par Claire Croiza (mezzo-soprano) et Nadia Boulanger (piano) dans la salle de la Société des concerts lors du 416e concert de la Société nationale de musique

Durée 2min
Dédicataire

M. et Mme Paul Gentien

Commentaire


Ces deux seuls vers, « Et la lune luit dans mon cœur, plongé dans les sources du rêves », ont sans doute suffit à stimuler le désir de Lili Boulanger de mettre en musique ce poème, emblématique du symbolisme de Maurice Maeterlinck par la primauté qu’il accorde aux « reflets profond des choses ». Composée peu après Attente, cette seconde mélodie sur une poésie des Serres chaudes annonce La Princesse Maleine, un drame lyrique dont Lili Boulanger réalisera des ébauches dès 1912.

Un accompagnement arpégé en croches régulières soutient l’énoncé de la première strophe : harmonie modale transparente, en fa dièse éolien, à travers laquelle chaque note altérée apporte une signification nouvelle : la sixte majeure pour désigner l’âme, le do bécarre la peur, puis le sol et le fa bécarre pour signifier à nouveau la peur, la voix venant se poser sur un sombre do dièse grave. La fin de cette strophe est remarquable, le piano s’interrompant un instant pour que les mots essentiels, « dans les sources du rêve », se détachent dans le silence. Un effet similaire apparaît en fin de deuxième strophe, le piano s’immobilisant sur un do bécarre aigu disposé en octave, laissant la voix énoncer librement « pleurent encore au fond des eaux ». Ce procédé émouvant évoque l’esthétique de Claude Debussy dans Pelléas et Mélisande. La troisième strophe amène un climat nouveau, le piano jouant sur les figuralismes : « les fleurs s’effeuillent », puis « le reflet du firmament », opposant l’extrême luminosité de ré lydien aux résonances plus voilées d’une harmonie de si bémol mineur avec sixte dorienne ajoutée. La fin est remarquable aussi, par sa manière de souligner « Pour descendre éternellement dans l’eau du songe » par des accords profonds, d’une grande intensité, auxquels succède une évocation irisée de la lune, dans un ultime scintillement, la voix de soprano culminant avec douceur sur un fa dièse aigu.

Éditions


© 1919-1979 by Schirmer

© 2000 by Durand

Remarques


Il existe une version pour voix et orchestre. Le manuscrit, de la main de Nadia Boulanger, est inédit. Les quatre mélodies pour voix et piano de Lili Boulanger sont éditées en recueil, avec des intitulés différents : Quatre chants pour voix et piano, par Schirmer, et Quatre mélodies pour chant et piano, par les Éditions Durand. L’ordre des mélodies n’est pas le même.